VIENT DE PARAÎTRE

Des poèmes et des lignes contre l'indifférence

L" L'hippocampe, c'est un cheval sans pattes qui bouge dans l'eau. Grâce à la queue préhensile avec laquelle il s'accroche aux algues, il se tient toujours droit face à l'adversité, avec ses deux petites ailes qu'il bat tellement vite qu'elles deviennent transparentes. Il a un exosquelette comme les insectes. C'est le père hippocampe qui porte l'enfant comme un kangourou. Extrêmement fragile, il était pourtant le symbole de la puissance à la proue des bateaux de la marine française. C'est aussi un être à plusieurs visages qui disparaît de notre lagon à cause de la folie des hommes… " C'est en ces termes que le poète Khal Torabully a expliqué le choix de cet extraordinaire animal marin comme métaphore de la personne handicapée, lors de la présentation de son recueil, mercredi dernier, à la municipalité de Vacoas. Il a choisi cet animal pour sa fragilité et sa capacité à surmonter les obstacles.

Disponible en librairie à Rs 150, toutes les recettes de ce livre iront à l'association U-Link, qui existe depuis sept ans. " Nous ne sommes pas si différents des personnes handicapées, commente le président Ali Jookhun. Le seul handicap qui nous sépare, c'est cette indifférence qui tue à petit feu… " Khal Torabully espère aussi que les ventes de ce livre permettront d'organiser des ateliers de créativité avec les personnes handicapées, " afin de mettre dans l'espace social, ce qu'ils ont au fond d'eux. Les autrement capables ont du recul par rapport à la vie, et des trésors d'ingéniosité à faire découvrir. " U-Link entend avec cet argent financer la prochaine édition de son guide pour les handicapés et leur famille.

"L'hippocampe a deux visages" est né de la rencontre entre le poète et Ali Jookhun qui lui avait demandé d'écrire un roman pour ses petites filles, Umraana et Irfaana, toutes deux handicapées et disparues. Khal Torabully est finalement revenu vers lui avec ce recueil, estimant qu'il ne pouvait faire un roman sans avoir connu ces enfants. " Il a su mettre mes pensées les plus profondes sur le papier, ainsi que l'intensité des émotions que je ressens à la mémoire de mes deux enfants, " témoigne le président de U-Link.

Ce petit livre de soixante-quinze pages est agrémenté de quelques calligraphies réalisées par l'auteur. C'est le maître chinois Wen Qing qui l'a incité à se lancer dans cet art du geste et du souffle, mais c'est auprès d'un Irakien installé en France, Sallah Al Moussawy, qu'il l'a appris. Il propose une calligraphie métissée qui mélange divers alphabets et les mots. Des dessins originaux ainsi que les épreuves du livre devraient être prochainement proposés aux enchères lors d'une soirée de levée de fonds.

Ces petits poèmes d'une grande fluidité sont avant tout des mots de résilience et un bel éloge à la beauté. Rien de larmoyant dans ces vers qui louent la différence et invitent à sa découverte l'esprit libre de tout a priori. " Deux hippocampes/ Nagent à contre-courant/ A contrecœur/A la marée cadencée/ Des sentiments et des pensées / Ils savent que la lumière/ S'offre dans l'amour/ Devenue fidèle dans la poussière. "

 

Le Mauricien 22 Feb 2008

 

 

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CAFÉ EXPRESS


Khal Torabauly, poète

 

« L’hippocampe a deux visages », c’est le dernier recueil de poésie de Khal Torabauly, lancé le 20 février dernier. Il a voulu, à travers cet ouvrage, rendre hommage aux handicapés. L’homme et le poète qui est sémiologue de métier.

 

Comment se fait-il que votre hippocampe ait deux visages ?
Parce que la réalité a plusieurs visages, même si souvent certains nous échappent. L’hippocampe a l’air fragile, mais derrière cette fragilité, il y a chez lui une force extraordinaire, un sens de la combativité. De même, derrière l’aspect physique, derrière un handicap, il y a d’autres choses à découvrir.

Votre recueil a pour thème le handicap. Qu’est-ce qui vous a inspiré ?
Tout commence par un père qui m’aborde et me demande d’écrire un livre en mémoire de ses deux filles qui avaient un handicap. J’ai donc écrit un recueil qui s’inspire de faits réels, et j’ai rendu hommage aux parents qui ont la lourde tâche d’accompagner un enfant qui souffre d’un handicap.

Vous êtes poète. On est donc dans le domaine de l’abstrait ?
La poésie, c’est l’art de voyager vers l’essentiel avec des mots. C’est entendre l’essentiel et le transmettre dans un écho. Le poète est une sorte de passerelle entre les disciplines et les gens, puisqu’il est à l’écoute profonde et il ne refuse pas la complexité des choses.

Quels sont les thèmes qui vous tiennent à cœur ?
La mer, le voyage, la « coolitude », le dialogue avec les imaginaires, les cultures, les civilisations, les langues. J’aime pouvoir désamorcer les incompréhensions, soutenir les luttes fondamentales.

Vous avez beaucoup vécu en France. Maurice ne vous suffisait pas ?
J’ai passé 32 ans en France, j’étais parti pour des études, mais au fond de moi, je n’ai pas quitté mon pays. Il y a toujours quelque chose qui me ramène à mon île, mon écriture, par exemple. Mais je suis aussi un terrien, je ne crois pas dans les cloisonnements, il faut être ouvert aux autres, car on fait partie du monde.

Si vous deviez être un chanteur, vous seriez qui ?
Grand Corps Malade. C’est un chanteur de slam qui a écrit de beaux textes et qui a un handicap.

Qu’est-ce que l’on vous reproche souvent ?
Beaucoup de choses et en même temps pas grand-chose. Je suis en perpétuelle création, toujours en train de mettre les choses en relation et ça peut déstabiliser les gens.

Votre plus grosse bêtise ?
En 1975, à la veille du cyclone Gervaise, où j’ai nagé dans la mer déchaînée de Baie-du-Tombeau.

Si vous étiez Premier ministre, que feriez-vous en premier ?
J’orienterais le pays vers une réflexion sur sa propre identité, respectueuse de toutes les identités qui existent à Maurice. À partir de là, je l’inviterais à faire un travail de construction d’une nation. Beaucoup de maux socioéconomiques pourraient être résolus.

Une bonne nouvelle pour finir ?
Le départ de Bush qui a donné une image de guerrière à l’Amérique. Si Obama était élu à la présidence, ce serait un bon signe envoyé au monde. Je compte publier un roman bientôt et avec d’autres, mettre sur pied une caravane de la francophonie.

 

 L’Express Dimanche 24 février 2008 - No. 16440

 

 

 

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PUBLICATION


L’hippocampe pour préjugés qui décampent

 

Des vers pour dire ce que cela fait quand le ver est dans le fruit. Quand des parents découvrent un handicap chez leur enfant. L’hippocampe a deux visages. Nouvelle facette poétique de Khal Torabully. Avec ce recueil vendu au profit de l’association pour handicapés «U-Link».

 

A dos de cheval marin. Nageant entre les déferlantes de l’absurdité de la vie. Pour que la mémoire ne coule pas à pic. Pour le souvenir de jumelles, «capables autrement».

Pour tout cela, Khal Torabully a écrit. L’hippocampe a deux visages. Sans se prendre pour Janus, le poète sourit. Sérieux et sage. A coup de poésie, il définit, «Mon handicap est de nager/ Dans le sens de l’amour/ Alors que d’autres plongent dans le sens de l’oubli».

Ce recueil lancé cette semaine est la réponse à une supplique. Celle d’un père, comme lui. Celle d’Ali Jokhun, président de U-Link, qui a vu partir ses jumelles atteintes d’infirmité moteur cérébral.

Alors, des eaux profondes de l’imaginaire corallien, est remonté l’hippocampe. «La fragilité faite force », comme le poétise Khal Torabully. La petite créature (15 cm environ pour l’adulte) ballottée par les courants mais qui se tient debout. A la verticale de ses désirs, de ses besoins. «C’est le père qui porte les bébés». A la manière du kangourou, avec sa poche ventrale. «C’est un insecte sans l’être», avec son exosquelette. «C’est un cheval».En vérité un poisson. «C’est un singe». Avec une queue préhensile pour s’accrocher aux algues. «On lui prête des vertus aphrodisiaques», explique Khal Torabully. «On en fait aussi des remèdes».


«L’hippocampe c’est
la fragilité faite
force. Petite créature
ballottée par les courants
mais qui reste debout.
A la verticale de ses désirs,
de ses besoins.»

 


Les analogies étaient toutes prêtes. Le poète les a cueillies. Les a mûries. Transformant l’animal «mutant» en cheval qui bat des ailes. «Ce n’est pas un travail en rupture avec ce que j’ai fait jusqu’ici». Interrogé sur le développement de son imaginaire corallien, Khal Torabully y voit une extension de son écosystème.

Par l’ajout de cette «créature de l’entre-deux, ce symbole pour les handicapés». Qui avec sa forme tronquée, avance quand même. «Exécute un ballet, reste debout».

Quant à l’aspect caritatif de l’œuvre, Khal Torabully précise qu’il verse la totalité de ses droits à l’association U-Link, dédiée au service des handicapés. «C’est pour éditer le deuxième catalogue gratuit pour handicapés». Avec renseignements pratiques et adresses utiles, à destination des parents en besoin d’assistance. Oeuvre de charité à laquelle il a participé en 1989 déjà avec Le printemps des ombres.

Pour rendre le livre plus accessible, le poète l’a illustré de calligraphies. Lui qui aime tout ce qui est écriture, s’est rendu auprès de calligraphes qui savent dessiner les poèmes. Côtoyant ainsi au cours de ses voyages, le maître chinois Wen Qing et celui de l’école de Bagdad, Salah Al Moussawy. Ayant appris à tailler lui-même ses calames, Khal Torabully s’est appliqué à mélanger le style chinois, «pour le style et l’élan», au côté « discursif de l’oriental ».
 


*Disponible à Rs 150

 

 

 

 

EXTRAIT


Et je me mis à imaginer un petit

Cheval de mer,

Sans mains ni pieds,

Une créature légère,

Flottant dans l’eau,

Sans gravité, sans douleur.

L’hippocampe aux ailes de lumière

Sera cette première image

De l’enfant flottant dans le ventre

De la mer(…)



Je ne parlai pas de handicap,

Je parlai d’injustice.

Je vis la teneur des supplices,

Et la grande aventure de l’amour

Dans les yeux ébahis des deux naufragées

Venues s’échouer entre nos larmes

De douleur et de bonheur (…)

Je suis parent de deux hippocampes

Me dis-je,

D’un bébé qui ne pourra pas ramper

D’un bébé qui ne pourra pas courir

Qui pourra à peine nager,

Qui pourra à peine parler.

Mais l’hippocampe s’accroche à l’algue

Quand la mer coule à pic(…)



La terre n’accepte pas

Les enfants différents.

L’hippocampe nage

Loin des regard des humains.

Que peut un enfant face à

L’incompréhension

Des semblables ?

La terre refuse les visages taillés

Au burin de la différence.
 



L’Express 25
Feb 2008